Visites Patrimoine 2016

 

Récit d'une journée par Henri C. LOFFET

"Sortie du patrimoine du samedi 24 septembre 2016 de Montreuil-sur-Epte à Gerberoy, Saint-Germer-de-Fly et Neufmarché.

 

Parti de bon matin et de bonne humeur du parking du MillClub, notre petit groupe, transporté dans deux voitures (7 personnes), se retrouve à l’entrée de Gerberoy (Oise), où nous attendait notre guide.

Cette petite place forte médiévale, située aux limites du Beauvaisis, de la Picardie, de l’Île-de-France et de la Normandie est reconnue comme étant l’un des plus beaux villages de France. Les rosiers, roses trémières et autres fleurs de toutes espèces accrochés aux demeures à colombages ou torchis des XVIIe et XVIIIe siècles nous accompagneront effectivement durant la visite de cette « Ville ».

Près de deux heures de visite nous feront découvrir l’hôtel de ville du XVIIIe siècle, le puits de 70 m. de profondeur qui le jouxte et qui est encore en activité, les remparts de cette ancienne place-forte du Moyen-Âge, la porte d’accès à la « Ville », la collégiale Saint-Pierre. Construite en 1015, cette église fut incendiée en 1419 lors de la Guerre de Cent-Ans et rebâtie entre 1451 et 1468 ; ellet possède encore ses stalles ornées de miséricordes sculptées en 1460 et des tapisseries (= « verdures ») d’Aubusson du XVIIe siècle.

En contournant les remparts gerboréens, notre guide évoque le peintre post-impressioniste Henri Le Sidaner (1862-1939), ami d’Auguste Rodin , et les merveilleux jardins à l’italienne de sa propriété, située à l’emplacement même de l’ancienne forteresse de la cité.

Ensuite, notre guide nous révéla bien d’autres secrets attachés à ce village :

  • L’origine plus ou moins incertaine du nom de Gerberoy. Plusieurs hypothèses ont été avancées. Mais, celle qui évoque le patronyme d’un personnage d’origine germanique (comme pour l’origine de notre hameau d’Ansicourt) : Gerbold, suivi de l’élément celtique –rito signifiant : le gué, me semble être l’explication la plus sérieuse ; Gerberoy signifierait alors : « Le gué de Gerbold ».

  • C’est en 885 que Foulques, premier seigneur de Gerberoy, vassal du comte de Beauvais, construit le premier château-fort en pierre sur une butte castrale antérieure.

  • En 911, à la suite du traité de Saint-Clair-sur-Epte, cette forteresse, située alors à la frontière franco-normande, devient une place stratégique que Français, Normands, puis Anglais se disputeront du XIe au XVIe siècle.

  • En 1079, Guillaume-le-Conquérant affronte son fils Robert Courteheuse (= « aux jambes courtes »), allié au roi de France Philippe Ier. Guillaume fut battu, et même blessé, au cours de cet affrontement. Ceci nous indique aussi que, dès le XIe siècle (et même avant), la frontière entre la France et la Normandie délimitée lors du traité de Saint-Clair-sur-Epte, en 913, fut toujours fluctuante et que l’Epte n’en fut que sa limite théorique bien des fois franchie par les armées des uns ou des autres.

  • En 1202, Philippe-Auguste érige Gerberoy au rang de « Ville », ce qu’elle reste encore aujourd’hui d’ailleurs.

  • En 1435, Gerberoy est le lieu d’une bataille célèbre de la Guerre de Cent Ans : la bataille du Val d’Arondel, lieu-dit de la commune nommé ainsi du nom du comte d’Arundel, seigneur anglais qui y fut défait par les troupes françaises.

  • Durant les Guerres de Religions, Gerberoy fut pillée et ruinée à plusieurs reprises.

Nous terminerons notre visite par la maison du syndicat d’initiative installé dans une vielle demeure donnée à la communauté de communes par une bienfaitrice donatrice.

Il est maintenant temps pour nous de se restaurer. Le déjeuner sera pris à l’auberge de l’Abbaye, à Saint-Germer-de-Fly.

L’imposante abbaye bénédictine de Fly ou Flay (forme latinisée du patronyme latin Flaviacum) nous accueille en compagnie de notre nouvelle guide. Cette abbaye fut fondée vers 630-650 par Saint Germer, ami de Saint Ouen l’archevêque de Rouen, qui en fut son premier abbé. Pillée et détruite par les raids vikings en 850, ruinée à nouveau par Rollon et ses mercenaires en 902, elle sera reconstruite sur l’ordre de l’archevêque de Beauvais, Druon, en 1036 et terminée entre 1150 et 1160. Elle représente l’un des plus remarquables exemples du style gothique primitif (ou ogivo-roman) dans lequel l’influence de l’art architectural normand se remarque encore fortement (même si l’influence beauvaisienne est aussi très présente) : le monument est en forme de croix latine à nef très longue (44 m.) et chœur court (14 m.), le centre du transept comportait à l’origine un puits de lumière (aujourd’hui aveuglé par une importante coupole datée du XVIIIe siècle), les piliers supportant la nef sont massifs. En 1414, la nef fut écourtée de deux travées et des ses tours par l’attaque des Bourguignons.

La Sainte-Chapelle (34 m. de long sur 9 m. de large), ajoutée au XIIIe siècle est reliée à l’église abbatiale par un atrium ; bâtie sur le modèle parisien de celle de Louis IX (= Saint-Louis) elle est d’une grande élégance et beauté. Sa rosace exceptionnelle, édifiée dans le plus pur style de l’époque ogivale, contribue à lui donner son attirance et son intérêt. Cette chapelle est parfaitement en accord avec les idées théologiques de l’époque : la lumière est le reflet de Dieu et l’élévation du monument est là pour inciter le croyant à la prière devant s’élever vers le Royaume des cieux.

Avant de revenir à Montreuil, nous nous arrêtons à Neuf-Marché et visitons l’église romane, la collégiale Saint-Pierre, d’un style très pur, seul reste de l’abbaye qui s’élevait en ces lieux au Moyen Âge. Le nom de Neuf-Marché date du traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911, lorsque le village devient « la nouvelle marche », « la nouvelle frontière »  entre la Normandie et la France. En 915, le village est fortifié et la collégiale Saint-Pierre est construite. C'est encore dans cette collégiale Saint-Pierre de Neuf-Marché, le 31 août 1158, que Henri d'Angleterre, âgé de 3 ans, fils de Henri II Plantagenêt est fiancé à Marguerite de France, âgée seulement de quelques mois, fille de de Louis VII de France.


Puis, nous évoquons le fameux concile de 1160 qui s’y est tenu au cours duquel le clergé normand dut valider l’élection du pape Alexandre III et rejeter la nomination de l’antipape Victor IV, ce dernier ayant été nommé d’autorité par l’empereur d’Allemagne, alors que le clergé franc s’était réuni en la cathédrale de Beauvais pour statuer sur le même sujet : à cette époque, on ne mélangeait pas les autorités des différentes régions.

Nous sommes de retour sur le parking du Millclub vers 19 heures et nous nous quittons après cette belle et enrichissante journée ensoleillée bien au-delà de nos espérances.

Henri C. LOFFET"

Visite de Gerberoy

 

Visite de l'église Abbatiale de St Germer de Fly